Rupture de silence

Il y a des jours comme celui-ci ou je me dit qu’il me ferait grand bien d’écrire ici… Parce qu’en ce lieu, je n’ai nul besoin de feindre le bonheur.

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Drunk post

Et  mon cosmos est devenu noir, brumeux et putride.  J’étais devenue l’ombre de mon moi, le spectre de mon être en ce printemps de mes 14 ans.

J’admire les gens qui savent écrire sous leur vrai nom.  Ceux qui comme moi souffrent et  mutilent leur intellect en vomissant leur désespoir.  J’applaudis haut et fort les êtres non soucieux de leur identité sur cette toile jugeuse et sans pitié.  J’examine sournoisement les âmes écrivaines en ce virtuel « péteux » depuis quelques années déjà. Et m’en voilà intégrée, faisant partie de ce groupe dont j’ignore l’existence réelle.

Je suis lamentable et surtout pathétique en m’exposant ainsi dans cet univers difforme et stupidifié de pensées idéales et parfaites.  Également misérable et pitoyable de vouloir m’afficher avec honnêteté en exposant mon avatar trompeur. Ainsi, je suis Ment3use, abracadabrante prêcheuse de la bonne forme, crisse. Une autre belle imposture de ces gens ordinaires.

Me voici, me voilà… Me manquant juste mon nez rouge-clown écarlate, tabarnac.

Tout ça pour dire que j’ai toujours mieux écrit lorsque je bois. Quand la pudeur quitte mon être,  mes mains enfourchent mon clavier ou mon crayon, c’est selon.  Et j’exprime, et j’avoue. Je dis et je raconte quand ma coupe de rouge me rassure de sa robe chaude et envoutante. Elle fait taire la honte aussi, ma bouteille… Elle assomme le scrupule et endors l’égo, ce traître qui torture ma conscience.

À 14 ans, lorsque mon âme hurlait si fort à ma conscience qui suppliait le silence, je me suis mise à écrire.  J’ai écrit pour exister, pour être et pour devenir.  J’ai écrit pour fabuler, espérer et désirer.   J’ai écrit pour tout, en fait… Sauf pour moi.

Ici, c’est ce que je fais.

Et personne ne me dérogera de ça.

Borderline

J’aurais aimé que mon coeur sache comment faire battre les ailes des papillons qui se trouvaient au creux de mon ventre. J’aurais voulu ressentir ce que Nico éprouvait en mon endroit , lui offrir la naïveté et la candeur de mon chaste corps dans un élan de passion explosive.  Je suis celle qui n’arrive pas à faire usage de ses sentiments, qui a une trouille maladive de tout ce qui pourrait provoquer une émotion.

Je suis incapable de ressentir adéquatement. J’ai cette douleur tranchante qui me tord les tripes à l’instant ou mon coeur change le rythme de ses battements.

Et quand l’amour que Nico me vouait est devenu insupportable à gérer, quand mon imposture est devenue impossible à masquer, je suis allée me terrer au fond de mon être, encore une fois, pour me noyer dans mon néant.

Et j’en ai inventé une autre, une fille qu’il fallait détester et haïr de tout son coeur.  Pour retrouver la quiétude du vide, j’ai toujours navigué entre deux extrémités…

Je me suis donc mise à boire et fumer.  À jurer et à me rebeller.  J’ai dessiné l’image de celle que Nico allait rejeter avec autant de fougue qu’il m’avait désirée. Je m’y suis acharnée si fort et avec tant d’effort que lorsque Nico s’est agenouillé sous le poids de son chagrin, je l’ai achevé en allant racoler tous ses copains.

Je me suis mutilé à coup de regards de déception et j’ai noyé ma honte à grandes gorgées d’alcool. En voulant à tout prix obtenir ce que je croyais mériter, je me suis laissée choir dans la crasse de la débauche.

Je suis devenue vide de rien, vide de sens. J’ai commencé à abuser de ma crise d’adolescence…

Le mois des morts

Novembre est sans doute le mois que je préfère. Pendant que l’année se meurt, que le froid cadavérique s’empare du temps et que la chaleur du soleil ferme la paupière pour laisser le ciel pleurer la mémoire de l’été, moi, j’ai cette timide impression de  pouvoir chuchoter à la vie que j’existe encore.  Ironiquement, c’est  en ce mois des morts que je suis née.

C’est aussi dans la tiédeur de la cire laissée par les vestiges de mes 14 bougies que je me suis laissée choisir par Nico, celui qui allait être le premier a me donner une définition de ce que la majorité désigne comme étant « l’amour ».

J’ai développé très tôt une affection pour la lecture lorsque j’étais enfant. Dieu que j’ai rêvé être Cendrillon ou encore la Belle au bois dormant.  Je m’imaginais aussi dans la peau de Princesse Natte d’Or qui du haut de sa tour, voyait son prince charmant braver mille et un obstacles pour la délivrer de sa prison.

Et j’ai grandi dans l’attente qu’un héros aboutisse à moi en me libérant de mes malheurs.  Je n’avais qu’à être patiente, faire pitié, être bonne et être belle.  Le destin, évidemment, allait faire en sorte que je vive ensuite dans le plus mirifique bonheur entourée de mes nombreux enfants.

Nico est arrivé sans cheval blanc, mais équipé d’un sourire à braver les plus sombres de mes tourments. Ses yeux reflétaient ce même océan de pureté où s’était noyée mon innocence il y avait quelques temps. Durant 4 mois , j’y ai retrouvé la mienne par procuration.

« C’est ma première fois, tu sais. Je t’aime tellement.  On va y aller doucement »

« Moi non plus, Nico, je n’ai jamais fait ça.. SVP, fais attention à moi »

Qu’ils étaient doux, ces mots échangés sous les draps. Ces paroles chuchotées juste avant que je feigne l’orgasme pour la première fois.


Naissance

J’ai cette faculté toxique à m’imbiber de l’espérance de mes semblables .

Je déteste les miroirs.  Mon reflet, c’est dans ton regard que je veux le voir.  Je te dirai tout ce que tu veux entendre pour que tes yeux me fassent jouir, pour que ton être tout entier bande à l’idée que tu te fais de moi.  Je veux être unique et il n’y a que toi qui peux me procurer ce fantasme-là. Je suis une suceuse de personnalité qui, pour une dose de grandiose, donne des orgasmes à l’égo du plus suicidaire des déprimés.

Et c’est les valises pleines de coups d’œil d’admiration, de vécu volé et de souvenirs inventés que je suis revenue à la maison. J’ai sauté au cou de maman quand ses prunelles m’ont annoncé l’ennui qu’elle a eu de moi.  J’ai allié mes larmes à celle de mon père quand il a retrouvé son enfant d’avant.  Pour dire, j’ai même chanté deux ou trois comptines à ma petite sœur quand ses sourcils interrogeaient  la nouvelle animatrice en moi.

Et voilà, il y avait vraiment eu naissance.  J’ai expulsé cet être qu’on aimait que je sois. Le tragique est de constater que cette personne est née du rêve des autres pendant que le mien pourri toujours au creux de moi.

Renouveau

Juillet s’est pointé cette même journée où ma mère eut la déroutante idée de m’exiler vers un camp de vacance pour âmes déchues.

« Ça va te faire du bien de t’occuper d’autres personnes que toi.  C’est pas sain, s’apitoyer sur son sort comme ça »

Effectivement, il y avait près de 2 mois que j’errais dans mon corps.  Prisonnière enchaînée aux menottes de mes remords, je traînais péniblement  le fardeau de ma conscience qui m’inculpait sans relâche au malheur à perpétuité.

C’est donc avec une indifférence des plus cavalière que je me suis embringuée dans cette à peine croyable bien que réelle tranche d’aventure stimulante.

Les Bonnes-Sœurs qui régentaient l’Académie des amis de Jésus m’ont accueillie avec une chaleur ma foi aussi invitante que pouvait être leur sex-appeal au matin de leur ordination.  Sitôt m’avoir confié la garde de 8 morveux de l’âge de mon exubérante petite sœur, elles m’ont conduite à ce qui allait devenir mon refuge après ces grisantes journées passées à combler les besoins de vitalité expansive de ma joyeuse troupe d’enfants de choeur. Dieu qu’à cet instant, j’aurais vendu mon âme au diable afin qu’il me recolle au placenta de maman.

C’était en fait un petit chalet d’allure sobre que je devais partager avec trois autres rescapées d’enfer déportées par le désespoir de parents à bout de ressources et de nerfs.  J’y ai donc fait la craintive rencontre de Marie, Ève et Catherine dont la joie de vivre semblait aussi chatoyante que la mienne.  Pendant que le soleil brillait sur l’avenir prometteur des héritiers de bonnes familles, nous, quatre déceptions, allions devoir pour 3 longues semaines s’acclimater à notre nouvelle prison.

Marie avait fugué 3 fois de sa dernière famille d’accueil. Sa tutrice n’ayant pu rejoindre son intervenante en vacance l’a vite expédié en ce trou perdu quand son médecin, griffonnant une ordonnance, lui a recommandé un repos complet pour la soigner de sa dépression.  Ève, quant à elle, m’a expliqué d’un langage coloré de jurons qu’elle s’est retrouvée ici après que son père ait trouvé sa cachette d’herbes vertes sous son matelas qu’il voulait renouveler.  Catherine, la grassouillette, n’avait rien de spécial à dévoiler.  Selon son air timide, il était facile de deviner que ses parents étaient exaspérés de la voir s’empiffrer au lieu de socialiser.

Dès lors, un lien d’amitié venait de se créer.  J’y vis ma première lueur d’espoir depuis une éternité de déboires.  L’espoir de m’associer à leurs malheurs et d’enfin trouver l’assurance de me sentir quelqu’un.  Ensemble, nous allions bâtir un nouveau monde dans lequel la complicité allait de pair avec la liberté de s’affirmer.

J’allais devenir celle que j’ai toujours voulu être. Ce personnage inventé qui jusqu’alors se développait dans l’utérus de mes rêves était sur le point de naître et il me tardait de l’enfanter.

À fleur de peau

J’ai brisé le cœur de ma vie en allant racoler la mort.  En seulement, cette dernière n’a pas voulu me prendre…

J’ai parfois l’impression que mon mal de vivre a vu le jour au même moment que mon être dégrossait le ventre de maman.  Pendant que mon crâne déchirait sa chair dans le spasme d’un premier souffle, je l’ai déraciné de ses entrailles dans l’écho de ses hurlements.

Et ainsi je suis née, avec cette calamité collée à moi.  J’étais celle dont l’âme mûrissait trop vite pour que son jeune savoir  décode ses sentiments. J’ai grandi dans le désolant espoir de devenir une autre et  je m’empoisonne toujours l’existence à me demander pourquoi.

Je crois bien avoir fait mon premier rêve érotique vers l’âge de 5 ans.  Un cordage invisible me liait à un tabouret pendant que Serge, mon voisin que je détestais, tournait autour de moi en rigolant.  J’étais toute nue et même si je pleurnichais, j’avais l’impression que j’aimais ça.  Je me souviens qu’à mon réveil, mon cœur battait la chamade à l’intérieur de mes sous-vêtements. J’ai croisé les cuisses en me terrant le visage sous les draps.  Sachant que le seigneur pouvait tout voir, je lui ai demandé pardon dans mon langage d’enfant tout en essuyant mes larmes sur le dos de mon ourson.

Mais lorsque que je brûlais aux enfers de mes 13 ans, mes songes étaient bien loin de tous ces questionnements.

Mes yeux sans vie fixaient le plafond de ma chambre d’hôpital qui semblait vouloir s’abattre sur moi. Papa était près de moi et non, maman ne l’accompagnait pas.  Je me laissais bercer par le son de sa voix rassurante sans y déchiffrer le moindre sens.  J’étais prisonnière de ma honte, captive de mon mal-être qui avait bouffé tous mes sens.

Je me concentrais sur ce vide qui logeait dans mes trippes.  Aussi,sur ce goût fade de charbon qui pathétiquement, apaisait les traces laissées par le boyau qu’on a glissé au fond de ma gorge pour en extraire le contenu de mon estomac.


En privé

menteuse[à]live.ca

Citation de l’heure

La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l'hypocrisie des sentiments.
- Maurice Dekobra

Sur ma table de chevet

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