Faire comme si


C’est en fait envers moi-même que j’ai, pour la toute première fois, développé l’art de trahir.  Ce goût amer me titillant le palais, je l’ai craché par terre en l’humectant de ma honte.  J’y ai sans doute laissé un bout de mon âme, cette part de mon jeune être qui hurlait trop fort à ma conscience ce  préjudice laissé pour compte.

Je crois bien être née avec une surdose d’émotions. Les sales.  Je les déteste.  Elles m’ont grugé l’intérieur à force de bûcher pour les expulser. Elles m’ont dévoré la chair, les nerfs et le coeur tant et si bien  que j’en suis arrivée à faire taire toute forme de sensation. Par intermittence tout de moins. J’ai fait place au vide en noyant ma conscience.  Ce désert qui me talonne aujourd’hui comme mon ombre, à cette époque, j’aurais vendu père et mère pour en jouir encore et encore.  Telle une junky en quête de béatitude, j’arpentais les ruelles sombres de mes entrailles à la recherche d’une dose de néant à m’injecter.

En ces moments d’allégresse, j’ai réussi à faire comme si.   À la manière d’un enfant qui apprend, j’ai imité mes parents: La vie se devait de suivre son cours. On avait un plan pour moi. Pas de place pour les enfantillages d’une adolescente capricieuse.  La famille, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est le noyau qui maintient  la vie de notre devenir, le cercle de confiance sacré que nous devons à tout prix préserver. Nous sommes tellement bien dans nos habitudes, comprenez…

Vivre dans le mensonge était incontestablement la meilleure chose qui puisse m’arriver.

Publicités

4 Responses to “Faire comme si”


  1. 1 le neurone 28 mai 2010 à 8 h 30 min

    Les émotions sont-elles vraiment polarisées ? Je n’en suis pas certain. Évidemment, se faire abuser n’est pas une source de joie. Vivre dans le mensonge non plus. Alors, la joie serait une émotion positive, la douleur une émotion négative ? Je n’en suis pas certain. J’ai assez souffert pour savoir que même la douleur la plus intolérable peut être une occasion de grandir. Alors tu vas me demander : pourquoi es-tu si petit ?

    le grand garçon

    • 2 ment3use 30 mai 2010 à 23 h 33 min

      Ho comme je comprend ton intervention.

      Je ne suis certaine de rien, également. Tout ce que je souhaite, c’est de mettre un certain ordre dans mes idées. Vais-je y parvenir?
      Cela reste à voir.

      Je te remercie de ta visite cher neurone!

  2. 3 EroDojo 28 mai 2010 à 10 h 35 min

    Le mensonge peut avoir sa propre vérité, nécessaire. Si le mensonge est vu comme un processus, comme une arme (attaque/défense). Le mensonge, au même titre que l’erreur, est à mon sens nécessaire pour rencontrer la vérité. Cet instant où les mots ont besoin de vivre, d’exploser.

    Qui n’a commis le mensonge ne peut savourer le goût de la vérité.

    • 4 ment3use 30 mai 2010 à 23 h 36 min

      Et j’appréhende vraiment cette saveur, celle de la vérité.

      Le lien que vous faites entre mensonge et erreur m’apporte un nouvel angle de réflexion..

      Grand merci de votre intervention!


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




En privé

menteuse[à]live.ca

Citation de l’heure

La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l'hypocrisie des sentiments.
- Maurice Dekobra

Sur ma table de chevet

Articles les plus consultés


%d blogueurs aiment cette page :