Quand mon honneur a rendu l’âme


Il s’appelait Richard, si ma franche mémoire existe encore. Un jeune gaillard de 23 ans aux mains aussi vagabondes qu’une plume dans le vent. Un homme pour moi,  gamine,  au printemps de sa puberté. J’ai senti mon ventre se tordre et mes genoux fléchir dès que son sourire à brûlé mes pommettes déjà rougies par ce soleil de mai.

Encore aujourd’hui, mon esprit mendie la logique pour qu’elle m’explique comment ma bienveillante mère a pu me permettre d’accompagner ce type à cette soirée. Éjaculé d’une bonne famille, il était le neveu-du-cousin-de-la-fille-du-2ième-mari-de-ma-grand-mère à ce qu’il parait… Du bien bon monde, de toute évidence.

Quand Richard agrippait la courbe que commençaient à dessiner mes hanches, je n’étais pas moins qu’une femme. Même si mes sous-vêtements n’avaient encore jamais vu la couleur de mes premières règles, j’ai pu sentir la rosée s’y installer dès que sa langue est venue flâner près de mon oreille. Enlacés l’un à l’autre dans le brouillard  des dernières goutes d’alcool qui envoutaient mes sens, je me suis retrouvée plaquée au sol d’un hangar abandonné à l’arrière cour de cette fermette ou festoyaient des gens aussi grisés que nous.

Il était sur moi, haletant comme mon oncle mais cette fois, j’étais consentante. Je laissais ses mains éduquer ma poitrine pendant que son organe gonflé de testostérone essayait de se frayer passage à l’embouchure de mon bas-ventre. Puis j’ai perçu cette odeur émanant de sa bouche qui avalait ma langue… Fétide et tiède, encore. Cette senteur répugnante d’inceste et de honte. Vint ensuite cette douleur lancinante  qui martelait mon entrecuisse. Torture. J’étais redevenue une enfant. Une fillette sanglotant silencieusement dans le cou de son bourreau priant pour que le supplice prenne fin.

“C’était bon, n’est-ce pas”

“Vraiment bon”, répondis-je portant le masque ornant mon plus sincère des sourires.

Mon cœur battait à tout rompre lorsqu’en retenant mon souffle, j’ai tourné la poignée de porte  en cette aube moite de mai. Il devait être 4 heure et des poussières. Beaucoup trop tard pour une gamine baignant  dans les promesses d’un avenir noble. Dans un élan sans bruit, j’ai imploré le ciel  pour que maman n’entende pas le bruit du store qui percute toujours la porte lorsqu’on entre à la maison.

Mais elle était là, devant moi, entretenant un air de mépris que je ne lui connaissais jusqu’alors pas. Moi, je me sentais sale, souillée et immonde. Je reflétais exactement l’expression de ce visage qu’elle me présentait avec insistance.

Désespérée, je me suis jetée à son cou à la manière d’un bébé qui a besoin de se faire consoler.

“J’ai fait l’amour, Maman, pardonne-moi”

“Espèce de Marie-couche-toi-là!!!” qu’elle m’a hurlé. “Va vite te laver et jette-moi ces vêtements”

Tôt, ce matin-là, un sac d’ordures a été jeté. Il contenait mon honneur, ma fierté et mon innocence. C’est sur les images d’un éboueur balançant mon hymen au fond d’un camion à vidanges que mes yeux  se sont clos d’épuisement.

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11 Responses to “Quand mon honneur a rendu l’âme”


  1. 1 le neurone 31 mai 2010 à 12 h 56 min

    J’espère que tu m’excuseras mon paternalisme (60 ans, deux femmes, trois enfants) mais même si je suis profondément touché par ton texte, je crois que le titre n’est pas justifié.
    Ce n’est pas parce que l’on s’est senti humilié que l’on perd son honneur.
    Une erreur d’aiguillage, l’attrait de l’inconnu et de l’interdit. Sans que chaque histoire soit aussi dramatique que la tienne, tout le monde ou presque a connu cela.
    Perdre son honneur, c’est beaucoup plus que de voir se flétrir son image de soi ou d’être victime d’un dérapage maternel. Perdre son honneur, c’est, entre autres, violer une petite fille.

    un homme d’honneur

    P.S. Et, tu m’excuseras de nouveau, mais quand tu as dis à ta mère que tu avais fait l’amour, tu n’as pas utilisé les bons mots.

    • 2 ment3use 31 mai 2010 à 13 h 02 min

      Faut pas oublier que j’avais 13 ans. Ma conception de l’honneur en était à ce stade à cet époque.

      C’était en effet très innocent de croire que j’avais fait l’amour.. et c’est ce que j’ai voulu démontré.

      Merci de ta visite!

  2. 3 le neurone 31 mai 2010 à 13 h 18 min

    13 ans : c’est l’âge où mon père m’a foutu au pensionnat parce que je n’étais pas assez mature pour me comporter comme du monde en classe (et pour se débarrasser de ma présence encombrante).
    Sur le plan sexuel, à cet âge, juste regarder le mot sein dans le dictionnaire m’aurait donné des sueurs froides.

    le prix de l’innocence

  3. 4 Luc Pierre (dit le salaud) 31 mai 2010 à 13 h 25 min

    « C’est sur les images d’un éboueur balançant mon hymen au fond d’un camion à vidanges que mes yeux se sont clos d’épuisement. »

    Vraiment une magnifique finale. Une vraie belle tragédie, triste à mourir. D’un point de vue technique, j’aurais effacé le dernier paragraphe. Mais ton texte dénote une maîtrise de la création littéraire qui est tout à fait remarquable.

    C’est fou, quand même… même dix, vingt ans plus tard… même si nous avons désormais une sexualité équilibrée, que nous avons appris à relativiser… on se souvient encore de ces premières fois où nous avons appris à la dure que nous ne sommes pas invincibles…

    • 5 ment3use 31 mai 2010 à 13 h 31 min

      Merci, Luc-Pierre…

      J’ai en effet hésité avant d’ajouter ce dernier paragraphe dont tu parles. En seulement, je me devais d’inclure ce fait à mon souvenir car il en fait parti intégrante.

      Je te remercie de ton intervention, ça me touche.

      Au plaisir de te revoir ici!

      • 6 ment3use 31 mai 2010 à 13 h 42 min

        Et puis zut..

        En me relisant bien, t’as foutrement raison. Je biffe et ramène ce fait dans une prochaine aventure.

        Merci, virtuel ami!

  4. 8 Michel 31 mai 2010 à 23 h 40 min

    Il ne doit pas être facile de se faire pénétrer.

  5. 10 Miss Candy 2 juin 2010 à 19 h 19 min

    J’aime la simplicité de tes textes. Ils en sont d’autant plus troublants… Tes mots me bouleversent. Ce texte, en particulier. Il y aurait tant à dire et pourtant, rien ne me semble convenir.

    Je reviendrai.

    • 11 ment3use 2 juin 2010 à 21 h 22 min

      Comme il est vrai qu’aucun mot ne semble convenir.. Si tu savais combien je m’efforce de les faire sortir!

      J’apprécie cette petite pensée que tu me livre, ça fait chaud au cœur…

      Soit la bienvenue!
      😉


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