Désespoir


Je me suis réveillée en chutant d’un gratte-ciel.  En fait, c’est l’impression que j’ai eue en m’arrachant du sommeil. Habituellement, chaque dimanche matin, maman me sortait des draps en traînant avec elle une odeur de crêpes.  Elle tirait les rideaux de ma fenêtre pendant qu’un à un, mes sens embrassaient soleil.

Malgré le fait que mon réveil-matin affichait les 11h20, ma chambre baignait toujours dans la plus morbide des obscurités.  Ma tête était si lourde et j’avais l’impression que mon crâne était sur le point d’exploser. Il y avait ma langue qui aussi, semblait  beaucoup trop grosse pour habiter ma bouche complètement asséchée. C’était, vous avez deviné, mon premier et plus sinistre des lendemains de veille.

Dans les vestiges de l’énergie qui hier encore m’occupait, j’ai agrippé ce petit sac qui reposait sur ma table de chevet.  Noyée dans mon désespoir, je l’avais déposé là la veille et par manque de courage, je lui ai tourné le dos pour me cloître dans cette nouvelle douleur qui accompagnait mon sommeil. Mes mains, tremblantes, ont fait l’inventaire de son contenu.

Les quelques gélules de pénicilline prescrites pour l’otite qui m’avait empêchée de me rendre à l’école  le mois dernier semblaient difficiles à avaler. J’ai donc débuté par les 7 comprimés d’ativan que ma grand-mère avait oublié lors de sa dernière visite. Minuscules, je pouvais les faire fondre sous la langue. J’ai ensuite croqué toutes les tylenols de mon père. Pour bien mélanger le tout, j’ai terminé mon acte suicidaire en ingurgitant une demi-bouteille de sirop pour cette toux qui aiguisait la gorge de ma petite sœur et les nerfs de son professeur en salle de classe.

Dormir. C’est tout ce que j’avais en tête.  Dormir et oublier le dernier regard de ma mère, l’haleine fétide de mon oncle  et le supplice de ce gros sexe qui martelait encore mon entre-jambes. Faire fit de ma conscience en expiant, une dernière fois, ces malaises qui m’empoisonnent l’existence. Je me suis donc laissé engourdir le cœur pour aller rejoindre ce candide néant enfoui au creux des abîmes de mon âme.

Paisiblement, je me suis laissé aller dans le souvenir de ces paroles de ma mère. Celles dont même aujourd’hui,  je me surprends à espérer encore:

« Fais de beaux rêves mon trésor, et surtout, n’oublies jamais que je t’aime plus que tout au monde »

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8 Responses to “Désespoir”


  1. 1 le neurone 1 juin 2010 à 15 h 28 min

    J’espère que tu n’en veux pas trop à ta mère.

    le petit papa

    P.S. Je vais essayer de continuer à t’arracher quelques sourires

  2. 2 ment3use 1 juin 2010 à 15 h 29 min

    J’adore ma mère, t’en fais pas.

    🙂

  3. 3 Orangesky 1 juin 2010 à 19 h 23 min

    Je suis arrivée chez toi par hasard. Je suis rentrée par la pointe des pieds mais j’ai laissé quelques larmes en chemin. Je ne peux pas dire que j’adore ce que tu écris, mais comment tu l’as écris…
    Mon remède à moi c’est les pistaches, mais ça, faut pas le dire à tout le monde…

    • 4 ment3use 1 juin 2010 à 20 h 42 min

      Désolée si je t’ai rendu triste.

      Je sais que mon histoire est désagréable et qu’il serait farfelu d’oser espérer l’enjoliver avec des mots bien alignés… Mais au fond, j’ai peut-être l’espoir qu’elle paraisse supportable en essayant de m’appliquer à la raconter.

      Merci d’avoir pris le temps de ce commentaire.

  4. 5 Luc Pierre (dit le salaud) 2 juin 2010 à 11 h 08 min

    C’est poignant. J’attends la suite. Car visiblement, tu n’es pas morte, non?

  5. 7 Newton 2 juin 2010 à 20 h 49 min

    Tu as une façon d’écrire qui me fais du bien. De la beauté des mots à l’émotion qui en ressort. Très, très joli. Une histoire parmi trop d’autres…triste mais tellement belle à la fois. Elle évoque la vie. Le combat. La bataille. Mais avec une telle sérénité et une douceur qui me scie en deux!


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