Renouveau


Juillet s’est pointé cette même journée où ma mère eut la déroutante idée de m’exiler vers un camp de vacance pour âmes déchues.

« Ça va te faire du bien de t’occuper d’autres personnes que toi.  C’est pas sain, s’apitoyer sur son sort comme ça »

Effectivement, il y avait près de 2 mois que j’errais dans mon corps.  Prisonnière enchaînée aux menottes de mes remords, je traînais péniblement  le fardeau de ma conscience qui m’inculpait sans relâche au malheur à perpétuité.

C’est donc avec une indifférence des plus cavalière que je me suis embringuée dans cette à peine croyable bien que réelle tranche d’aventure stimulante.

Les Bonnes-Sœurs qui régentaient l’Académie des amis de Jésus m’ont accueillie avec une chaleur ma foi aussi invitante que pouvait être leur sex-appeal au matin de leur ordination.  Sitôt m’avoir confié la garde de 8 morveux de l’âge de mon exubérante petite sœur, elles m’ont conduite à ce qui allait devenir mon refuge après ces grisantes journées passées à combler les besoins de vitalité expansive de ma joyeuse troupe d’enfants de choeur. Dieu qu’à cet instant, j’aurais vendu mon âme au diable afin qu’il me recolle au placenta de maman.

C’était en fait un petit chalet d’allure sobre que je devais partager avec trois autres rescapées d’enfer déportées par le désespoir de parents à bout de ressources et de nerfs.  J’y ai donc fait la craintive rencontre de Marie, Ève et Catherine dont la joie de vivre semblait aussi chatoyante que la mienne.  Pendant que le soleil brillait sur l’avenir prometteur des héritiers de bonnes familles, nous, quatre déceptions, allions devoir pour 3 longues semaines s’acclimater à notre nouvelle prison.

Marie avait fugué 3 fois de sa dernière famille d’accueil. Sa tutrice n’ayant pu rejoindre son intervenante en vacance l’a vite expédié en ce trou perdu quand son médecin, griffonnant une ordonnance, lui a recommandé un repos complet pour la soigner de sa dépression.  Ève, quant à elle, m’a expliqué d’un langage coloré de jurons qu’elle s’est retrouvée ici après que son père ait trouvé sa cachette d’herbes vertes sous son matelas qu’il voulait renouveler.  Catherine, la grassouillette, n’avait rien de spécial à dévoiler.  Selon son air timide, il était facile de deviner que ses parents étaient exaspérés de la voir s’empiffrer au lieu de socialiser.

Dès lors, un lien d’amitié venait de se créer.  J’y vis ma première lueur d’espoir depuis une éternité de déboires.  L’espoir de m’associer à leurs malheurs et d’enfin trouver l’assurance de me sentir quelqu’un.  Ensemble, nous allions bâtir un nouveau monde dans lequel la complicité allait de pair avec la liberté de s’affirmer.

J’allais devenir celle que j’ai toujours voulu être. Ce personnage inventé qui jusqu’alors se développait dans l’utérus de mes rêves était sur le point de naître et il me tardait de l’enfanter.

Publicités

8 Responses to “Renouveau”


  1. 1 Newton 3 juin 2010 à 21 h 56 min

    Un brin de soleil! Vivement la suite…;)

  2. 5 Orangesky 4 juin 2010 à 19 h 48 min

    Très beau comme d’habitude. Tu es une magicienne des mots!

  3. 7 Nanoulaterre 4 juin 2010 à 22 h 36 min

    Alors, tu as pu trouver en ces nouvelles connaissances des complices. Je suis certaine qu’elles ont été d’une aide précieuse à la poursuite de ton chemin…


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




En privé

menteuse[à]live.ca

Citation de l’heure

La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l'hypocrisie des sentiments.
- Maurice Dekobra

Sur ma table de chevet

Articles les plus consultés


%d blogueurs aiment cette page :