Naissance


J’ai cette faculté toxique à m’imbiber de l’espérance de mes semblables .

Je déteste les miroirs.  Mon reflet, c’est dans ton regard que je veux le voir.  Je te dirai tout ce que tu veux entendre pour que tes yeux me fassent jouir, pour que ton être tout entier bande à l’idée que tu te fais de moi.  Je veux être unique et il n’y a que toi qui peux me procurer ce fantasme-là. Je suis une suceuse de personnalité qui, pour une dose de grandiose, donne des orgasmes à l’égo du plus suicidaire des déprimés.

Et c’est les valises pleines de coups d’œil d’admiration, de vécu volé et de souvenirs inventés que je suis revenue à la maison. J’ai sauté au cou de maman quand ses prunelles m’ont annoncé l’ennui qu’elle a eu de moi.  J’ai allié mes larmes à celle de mon père quand il a retrouvé son enfant d’avant.  Pour dire, j’ai même chanté deux ou trois comptines à ma petite sœur quand ses sourcils interrogeaient  la nouvelle animatrice en moi.

Et voilà, il y avait vraiment eu naissance.  J’ai expulsé cet être qu’on aimait que je sois. Le tragique est de constater que cette personne est née du rêve des autres pendant que le mien pourri toujours au creux de moi.

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22 Responses to “Naissance”


  1. 1 Newton 8 juin 2010 à 0 h 15 min

    MmmH je connais ce goût doux-amer.

  2. 3 EroDojo 8 juin 2010 à 4 h 52 min

    Ment3use, c’est magnifique ce que tu écris. Tragique dis-tu… L’espérance des autres est rarement tournée vers les autres (justement!). Tu es trop bonne en quelque sorte, tu as tout fait pour leur plaisir (érotisme de tes mots). Leur « possession » de toi te réconfortait-elle ? Le fait de t’être remplie de ces vécus ne t’a-t’il pas plutôt « révélé » à toi, à ton bonheur possible ? Tu n’es pas devenue une étrangère non plus… mais cela t’a permis d’enclencher un processus, un chemin vers… (à toi de voir).
    Ce qui est surtout émouvant et si vrai, c’est cette joie du retour, de l’amour de soi et des siens. De retrouver « celle d’avant » qui n’est déjà plus la même…

    • 4 ment3use 8 juin 2010 à 9 h 13 min

      Tu sais, écrire à 35 ans ce que j’avais en tête à 13 ans est pénible. Surtout quand ma vie durant, j’ai tout fait pour voyager vide de souvenirs. Malheureusement, je me suis perdu dans tout ça.

      J’essaie de retrouver mon essence, ce qui me permettra d’utiliser mes repères.

      Pour répondre un peu à ton questionnement, le réconfort que j’allais chercher n’agissait en fait que comme une dose d’extasy. Il m’en aura fallu toujours des plus grandes pour retrouver la béatitude recherchée.

      Je te remercie sincèrement d’avoir pris le temps de cette intervention
      xx

  3. 5 L'impulsive montréalaise 8 juin 2010 à 7 h 54 min

    Tu écris fort joliement.

    Quant à donner aux autres ce qu’ils veulent…. N’est-ce pas souvent trop facile ? Je ne veux pas dire que je le fais moi-même. Juste qu’il faut se battre pour ne pas le faire vu la facilité.

    • 6 Newton 8 juin 2010 à 8 h 04 min

      Alors, et c’est bien ainsi, c’est que tu ne sais pas comme c’est difficile de ne pas être soi-même…

      • 7 ment3use 8 juin 2010 à 9 h 17 min

        C’est si vrai Newton…

        L’impulsive, c’est un moment bien éphémère cette facilité dont tu parles. Le prix a payer en est d’autant plus élevé quand en bout de ligne, on se rend compte qu’au fond de notre âme, ne règne que la tourmente.

  4. 8 Michel 8 juin 2010 à 9 h 56 min

    Beaux texte sur la difficulté à naitre des gens qui ont vécu des abus.
    Ce que les victimes portent en elles lorsqu’elles se regardent dans un miroir, c’est surtout le mépris que leur portaient leur abuseur, et ça, c’est lourd à porter.

    Pis on apprend son rôle, et on rejoue les mêmes drames parce qu’il vaut mieux être abusé que sentir le vide.

    • 9 ment3use 8 juin 2010 à 10 h 12 min

      Même le seul fait de s’avouer avoir été victime est insupportable.

      Ce vide, dont tu parles, je l’ai tellement recherché pourtant. Et le voilà qui est bien présent et je donnerais tout pour m’en débarrasser.

      Merci de ton intervention. Celle-ci m’apporte un angle de réflexion que je n’avais pas encore exploré.

    • 10 Michel 8 juin 2010 à 12 h 15 min

      J’aimerais que tu m’expliques ce qui est insupportable à s’avouer victime.
      La blogosphère est rempli de gens qui se disent victime et qui font des billets sur les victimisation.
      Ça me semble facile.
      En quoi est-ce difficile?

      • 11 ment3use 8 juin 2010 à 13 h 48 min

        C’est insupportable, et je ne répondrai que pour moi, en ce sens où ma vie réelle n’est que supercherie. J’ai toujours souhaité effacer ce paragraphe de ma vie. Faire comme s’il n’avait jamais eu lieu. D’ailleurs, j’en ai effacé plusieurs autres par honte et par je ne sais trop quoi… La culpabilité, surement.

        Regarde, dans le fond, je ne suis victime que de moi-même. De mes choix et de ma lâcheté à accepter.

        Sur cette blogosphère, je me fais juger par des gens que je ne connais pas. J’écris dans le néant et pitoyablement, j’avoue, j’espère peut-être inconsciemment qu’on me materne, qu’on m’aime pour tout mon « MOI »

        C’est difficile de vivre avec tout ça. Ce besoin d’être unique, entre autres qui m’infecte en m’apitoyant sur mon sort.

        C’est juste que ça me fait du bien, momentanément, d’extérioriser tout ça. Je porte toujours le voile de celle qui n’a pas de « bébittes » pendant qu’elles font légion à l’intérieur de moi.

        Tu sais, il est très vrai qu’il est plus facile, toujours dans mon cas, d’écrire que de parler ouvertement. Je n’ai jamais pratiqué la franchise je me dois donc de l’apprivoiser doucement.

        Et si la blogosphère est remplie de gens comme moi, c’est peut-être parce qu’ils vivent dans le mensonge également.

        Mais qui suis-je pour juger de tout ça?

      • 12 Michel 9 juin 2010 à 5 h 31 min

        je remets ici, j’avais inséré au mauvais endroit.

        Menteuse j’aime bien quand tu écris, j’ai le gout d’être maternée.
        Ça décrit très bien l’attente de bien des gens sur la blogosphère, et puisque je refuse généralement de le faire, ça explique aussi pourquoi je suis un mal aimé.

        Tu as su mettre les mots que je n’avais pas su trouvé.
        Le blog comme un lieu ou l’on est à la recherche de maternage.

  5. 13 Orangesky 8 juin 2010 à 20 h 14 min

    Je suis d’accord avec tous les autres, tu écris merveilleusement bien et à chaque fois tu m’émeut. J’espère qu’un jour tu arriveras à réaliser tes propres rêves et non des brides des autres.

  6. 15 Mel alpa 9 juin 2010 à 0 h 48 min

    Bonjour menteuse… pour reprendre tes mots, je me retrouve en toi . c’est incroyable… Dans l’ame, je suis une bohémienne, quelqu’un qui a besoin constant de changement et pourtant… je vis dans le reve de quelqu’un d’autre. je suis mariée, 3 enfants et à la maison… mon plaisir se trouve dans les plaisirs des autres. je suis une pute en soif de recconnaissance , tout comme toi.

  7. 17 Nanoulaterre 9 juin 2010 à 1 h 20 min

    Bloquer les souvenirs, faire comme s’ils n’avaient jamais existé, parce que c’est top lourd à porter et un moyen de survivre à l’insoutenable et l’insupportable. Ça fait un temps mais, à un moment, le presto lui n’en peut plus. Et c’est ce que tu fais. La chenille a besoin de mourir à elle-même et de quitter son enveloppe afin de pouvoir enfin voler.
    Tu as toute mon admiration. Ça prend du courage pour faire ce que tu fais…

  8. 19 Michel 9 juin 2010 à 6 h 32 min

    Menteuse, tu racontes que tu n’a vécu que pour avoir l’approbation de l’autre et ce au prix de t’ignorer, d’ou le titre Menteuse, menteuse à soi et aux autres.
    Les réponses que les gens te font, à ce billet, crois-tu qu’elles sont emplies d’empathie ou de sympathie? C’est une distinction importante.

    Moi, tu t’en doutes bien j’opte pour le sympathique. Et la sympathie n’est qu’un baume, elle ne mène à rien de concret et je me doute bien que malgré toute cette gentillesse tu sens bien que ça ne rempli rien dans la fait, ou bien peu de chose. Et là, je précise que je ne remet pas en question la bonne intention des répondants.

    Mais au bout, tu écris un billet et le gens te disent comme tu es bonne et gentille. C’est exactement la même dynamique, tu y trouves de l’approbation chez l’autre comme tu dis l’avoir toujours fait. C’est du toujours plus de la même chose.

    C’est pour ça que je t’écrivais, on rejoues bien malgré soit le même drame.

    Alors tu mens encore, malgré toi, la menteuse est un titre qui ne se conjuge pas seulement au passé mais au présent aussi. Et c’est gens aux réponses sympathiques ne font que, malgré leur intention d’aider, te maintenir dans une dynamique dont tu te dis écoeurée.

    Alors il est hors de question que je te materne, ça serait un mauvais maternage.

    • 20 ment3use 9 juin 2010 à 8 h 15 min

      Je te remercie de ton honnêteté Michel.

      La différence sur ce blogue, c’est que tout ce sympathique que mes lecteurs m’adressent, et bien ils l’articulent à celle que je suis vraiment. Ils parlent à mon âme, aussi noire soit-elle. Et je me rends compte que malgré mon honnêteté, je peux tout de même recevoir du « bien » des autres.

      C’est un grand pas pour moi, aussi incompréhensible que cela puisse être pour d’autres.

      Me faire dire que j’écris bien me fait réellement plaisir et je l’accepte avec tellement de fierté! Moi qui avais toujours caché ce fait dans la réalité.

      Je prendrai tout ce que l’on me donne ici. Que ce soit positif ou négatif. J’apprendrai à négocier avec tout ça…

      Que tu ne me maternes pas, c’est très bien comme ça! Tu agis avec franchise et comme je l’ai dit plus haut, ça apporte un nouvel angle à ma réflexion personnelle.

      Voilà pourquoi pour l’instant, j’ai l’impression de sortir un peu la tête de mon cercle vicieux. Je ne joue pas de jeux ici. Je n’essaie pas de trouver approbation par qui que ce soit. J’extériorise seulement toute cette noirceur que j’ai en mon être.

      On verra avec le temps ce que ça donnera.

      (Tu peux, si ce n’est déjà fait, aller consulter ma section « FAQ » qui explique un peu le but de ce blogue)

      • 21 Michel 9 juin 2010 à 10 h 11 min

        Je n’avais pas lu le FAQ.
        Merci de la référence ça précise les choses.
        Deux choses, tu pourrais peut- être leurrer Freud mais tu aurais bien de la difficulté à me leurrer aussi facilement. ;o)
        L’autre, par respect pour toi, je te laisse à tes objectifs, ma présence ne concorderait pas.

        Bonne continuité.

      • 22 ment3use 9 juin 2010 à 13 h 08 min

        À ta guise, Michel…

        Saches seulement que ma porte demeure ouverte, si jamais, des fois…


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