Le mois des morts


Novembre est sans doute le mois que je préfère. Pendant que l’année se meurt, que le froid cadavérique s’empare du temps et que la chaleur du soleil ferme la paupière pour laisser le ciel pleurer la mémoire de l’été, moi, j’ai cette timide impression de  pouvoir chuchoter à la vie que j’existe encore.  Ironiquement, c’est  en ce mois des morts que je suis née.

C’est aussi dans la tiédeur de la cire laissée par les vestiges de mes 14 bougies que je me suis laissée choisir par Nico, celui qui allait être le premier a me donner une définition de ce que la majorité désigne comme étant « l’amour ».

J’ai développé très tôt une affection pour la lecture lorsque j’étais enfant. Dieu que j’ai rêvé être Cendrillon ou encore la Belle au bois dormant.  Je m’imaginais aussi dans la peau de Princesse Natte d’Or qui du haut de sa tour, voyait son prince charmant braver mille et un obstacles pour la délivrer de sa prison.

Et j’ai grandi dans l’attente qu’un héros aboutisse à moi en me libérant de mes malheurs.  Je n’avais qu’à être patiente, faire pitié, être bonne et être belle.  Le destin, évidemment, allait faire en sorte que je vive ensuite dans le plus mirifique bonheur entourée de mes nombreux enfants.

Nico est arrivé sans cheval blanc, mais équipé d’un sourire à braver les plus sombres de mes tourments. Ses yeux reflétaient ce même océan de pureté où s’était noyée mon innocence il y avait quelques temps. Durant 4 mois , j’y ai retrouvé la mienne par procuration.

« C’est ma première fois, tu sais. Je t’aime tellement.  On va y aller doucement »

« Moi non plus, Nico, je n’ai jamais fait ça.. SVP, fais attention à moi »

Qu’ils étaient doux, ces mots échangés sous les draps. Ces paroles chuchotées juste avant que je feigne l’orgasme pour la première fois.


Publicités

11 Responses to “Le mois des morts”


  1. 1 Luc Pierre (dit le salaud) 9 juin 2010 à 12 h 51 min

    Magnifique texte. Enfin, un peu de lumière (malgré l’orgasme feint…)

    Cela dit, ce billet ne fait que renforcer mon aversion pour la culture Walt Disney. Combien de femmes de notre génération rêvent d’être des princesses? En y songeant un peu, c’est foncièrement antiféministe. Comme si la femme avait besoin d’être sauvée constamment par un mec.

    Et de toute façon, les princesses, ça donne des femmes molles, immobiles et ô combien souffrantes. C’est mauvais pour les gars autant que ce l’est pour elles-mêmes. J’en ai connu, des princesses. Elles ont pleuré des lacs toute leur vie, et elles le font encore à 30, 35, et parfois 40 ans.

    Moi, je dis: à bat les princesses. Il faut savoir encaisser sans réprimer.

  2. 3 EroDojo 10 juin 2010 à 5 h 43 min

    On peut « feindre » avec plaisir, ment3use.
    On peut apprécier la nouveauté de ce qui est mal connu (toujours)
    Tu avais envie, sans doutes. Tu veux aimer la vie, l’Autre. Et c’est en toi. Alors c’est bon.

    • 4 ment3use 10 juin 2010 à 9 h 37 min

      C’est vrai que je veux aimer la vie. En seulement, je ne sais pas comment m’y prendre…

      J’ai à banaliser tellement de tabous que je me suis moi-même créé…

  3. 5 Nanoulaterre 10 juin 2010 à 23 h 48 min

    Belle chance que tu as eu quand-même d’avoir sous tes draps de débutantes un charmant garçon qui se préoccupait de toi avec délicatesse.

  4. 7 Accvent Grave 15 juin 2010 à 16 h 45 min

    Très beau texte, bravo!

    Bien vrai que l’on peut feindre avec plaisir. Il y a aussi le plaisir de feindre! Je me demande même si on ne se trompe pas soi-même en faisant semblant.

    Cela importe-t-il vraimnent?

    Non, bien sûr!

    Accent Grave

    • 8 ment3use 21 juin 2010 à 10 h 47 min

      Le plaisir de feindre n’est qu’une pâle imitation de ce qu’est le vrai. C’est un plaisir vile qui ne procure que douleur et regrets…

      Il faut croire en mon expertise à ce sujet!
      😉

  5. 9 Une femme libre 18 juin 2010 à 18 h 11 min

    Feindre l’orgasme, ça fait tellement plaisir au mâle. Et ils n’y voient que du feu. Pas important de jouir? dites-vous! Pffft! Aussi bon de faire semblant que de jouir pour vrai? Pour la femme, ça a l’air. Mettons un homme à ce régime un certain temps et je suis certaine qu’il verra une différence entre la frustration de feindre (avec plaisir???) et le plaisir du vrai plaisir.

    • 10 ment3use 21 juin 2010 à 10 h 50 min

      Je crois que les hommes ne se rendent pas vraiment compte que l’on feint. Ou ne veulent-ils seulement pas se l’admettre?

      Bienvenue, femme libre!
      Votre visite me fait plaisir!


  1. 1 tusfil.es Rétrolien sur 2 mai 2015 à 5 h 25 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




En privé

menteuse[à]live.ca

Citation de l’heure

La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l'hypocrisie des sentiments.
- Maurice Dekobra

Sur ma table de chevet

Articles les plus consultés


%d blogueurs aiment cette page :