Borderline


J’aurais aimé que mon coeur sache comment faire battre les ailes des papillons qui se trouvaient au creux de mon ventre. J’aurais voulu ressentir ce que Nico éprouvait en mon endroit , lui offrir la naïveté et la candeur de mon chaste corps dans un élan de passion explosive.  Je suis celle qui n’arrive pas à faire usage de ses sentiments, qui a une trouille maladive de tout ce qui pourrait provoquer une émotion.

Je suis incapable de ressentir adéquatement. J’ai cette douleur tranchante qui me tord les tripes à l’instant ou mon coeur change le rythme de ses battements.

Et quand l’amour que Nico me vouait est devenu insupportable à gérer, quand mon imposture est devenue impossible à masquer, je suis allée me terrer au fond de mon être, encore une fois, pour me noyer dans mon néant.

Et j’en ai inventé une autre, une fille qu’il fallait détester et haïr de tout son coeur.  Pour retrouver la quiétude du vide, j’ai toujours navigué entre deux extrémités…

Je me suis donc mise à boire et fumer.  À jurer et à me rebeller.  J’ai dessiné l’image de celle que Nico allait rejeter avec autant de fougue qu’il m’avait désirée. Je m’y suis acharnée si fort et avec tant d’effort que lorsque Nico s’est agenouillé sous le poids de son chagrin, je l’ai achevé en allant racoler tous ses copains.

Je me suis mutilé à coup de regards de déception et j’ai noyé ma honte à grandes gorgées d’alcool. En voulant à tout prix obtenir ce que je croyais mériter, je me suis laissée choir dans la crasse de la débauche.

Je suis devenue vide de rien, vide de sens. J’ai commencé à abuser de ma crise d’adolescence…

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4 Responses to “Borderline”


  1. 1 Luc Pierre (dit le salaud) 21 juin 2010 à 14 h 04 min

    Je te comprends. Moi, j’ai commencé à 23 ans à faire ça. Tu te construis une nouvelle identité pour une question de survie. Pour certains, le Monde est si troublant, si violent, si dérangeant, que le seul moyen qu’ils ont pour parvenir à y survivre est de se faire soi-même plus troublant, violent et dérangeant que ce Monde dans lequel ils évoluent.

    • 2 ment3use 28 juin 2010 à 15 h 38 min

      C’est tellement « pas fou » comme réflexion… Je crois que nous avons tous nos raisons bien personnelles d’agir en crétin. Ce qui est dommage, c’est que l’on s’en rend compte trop d’années plus tard, quand le « pattern » est bien ancré et la réputation bien fondée.

      Merci de ta visite!

  2. 3 Nanoulaterre 23 juin 2010 à 12 h 57 min

    Chère Menteuse,
    comme ton billet me touche si intensément. Je connais cette dynamique… Elle fait partie de la vie de mon grand garçon. Je sais, connais ce que tu vis. Il faut que tu saches que chaque personne qui t’aime profondément dans ta vie, ressent aussi intensément la douleur qui t’habite. Et cette douleur est encore plus grande lorsqu’on ne sait pas encore mettre le mot sur ce qui se passe.

    Mais ici, je vois tellement de lumière, de courage. Je pense que dès le moment où tu peux nommer et comprendre un peu plus ce que tu vis est le début d’une libération incroyable et d’une vie nouvelle. Je te souhaite de continuer dans cette démarche à la recherche de cette personne unique que tu es et que tu as perdu très tôt dans l’enfance.
    Chère Menteuse, je n’ai plus de mots, ma gorge de mère se serre… Simplement, tu as tout mon appui, ne lâche jamais…

    Avec beaucoup de tendresse xxx

    • 4 ment3use 28 juin 2010 à 15 h 35 min

      Désolée, chère Nanou, de faire surgir ces émotions en toi. J’ai lu les billets concernant ton fils et j’ai aussi remarqué quelques similitudes avec mon vécu « intérieur »…

      Je suis de tout coeur avec toi et je suis certaine qu’avec une maman comme toi, ton fils retrouvera le goût du « droit chemin ».

      Je t’envoie tout mon soutient et toute mon admiration. J’envie ton fils d’avoir un être aussi compatissant et aidant à ses côtés.

      (psss… si je puis me permettre… C’est très difficile de donner de l’amour aux autres quand on est incapable de s’aimer sois-même… Je suis plus que convaincue que ton fils se déteste à chaque fois qu’il te fait souffrir… et que surtout, son amour envers toi est infini. Une émotion, pour des gens comme « nous », est ressenti à la puissance 1000!)

      Bon courage
      xxx


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